Jeudi 3 décembre 2009 4 03 12 2009 13:50
Revue dépourvue de thèmes, de modes, de lieux, de temps, de professeurs, de résignés, de bourges ou de théories. Une revue-territoire qui accueillera toutes les expérimentations, toutes les folies, toutes les inventions spontanées, tous les insctincts, toute la poésie-vérité de la rue, toutes les douleurs, tous les créateurs authentiques, c'est à dire vivants. Vous y trouverez des textes, des photos, des dessins, des mots, des luttes, des ordures, des cris, des désordres... Et puis on verra.

Venez nous rendre visite...
Par Yann Bourven - Publié dans : Nouveaux textes
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Vendredi 20 novembre 2009 5 20 11 2009 11:59
Je serai présent demain samedi 21 au 7ème salon des éditeurs indépendants
Espace des Blancs Manteaux, 48 r vieille du Temple, PARIS 4ème (M° Hôtel de ville).

stand des éditions Sulliver
Par Yann Bourven - Publié dans : "LE DÉRÈGLEMENT"
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Jeudi 12 novembre 2009 4 12 11 2009 20:55


Par Yann Bourven - Publié dans : "LE DÉRÈGLEMENT"
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Mercredi 28 octobre 2009 3 28 10 2009 20:49
C'est ici... et je ne suis pas mécontent...
Par Yann Bourven - Publié dans : "LE DÉRÈGLEMENT"
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Mercredi 28 octobre 2009 3 28 10 2009 10:52
 

Le quartier où je jouais enfant, dans ma première vie. Une forêt hantée a remplacé le lotissement. D'après mes pauvres souvenirs, je crois pouvoir affirmer que j'ai vécu dans cette rue dont les pavés et les boîtes aux lettres ont disparu sous la mousse ; une rue bordélique où Nature a repris ses droits.

Une épaisse fumée me porte, les branches d'épines me fouettent les fesses. Le silence des conifères dessine un sentier de ronces que je suis en titubant ; l'alcool du ciel devient cette sève collante qui piège les rats et les écureuils.

Je marche tout droit ; le hasard-rafale me fait parfois trébucher dans un ruisseau d'essence, alors je patauge parmi les perches éventrées, et je ressors, bavant sous le soleil qui me râpe les gencives. Séché, j'accoste un magnifique arbre centenaire, j'aimerais tellement y construire une cabane qui me servirait de résidence secondaire, mais des moignons calcinés se penchent, me forcent à repartir.

La forêt c'est l'enfance retrouvée. Haletant, je me perds dans ce labyrinthe d'écorces au milieu duquel j'empoisonne mes souvenirs. Je caresse un monticule de granit rose qui fait de l'ombre à des voitures désossées depuis longtemps. J'arrive au niveau de la maison, dont il ne reste plus grand-chose ; excepté trois cloisons violettes immortelles toujours debout qui séparaient les chambres à coucher. Les ruines me rendent triste. Je m'assied sur une chaise posée au milieu de ce qui avait été la cuisine,

et je revois ma mère,

et je me souviens de mon langage maternel,

de nos jours il n'est parlé que par des spécialistes humains libérés, ou des Ombres indépendantes. Ce langage a accouché de moi dans la douleur, la réalité n'est que douleur, cette ville incarnait cette douleur dont la terre ressemblait à ma mère semeuse qui, au fil des ans, s'est elle-même métamorphosée en douleur ; ensuite l'espoir a brûlé, nos libertés ont été réduites en cendres ; alors que reste-t-il de ce langage qui a façonné mon enfance ? Quelques mots rouges et hurlés, quelques corps conteurs et délirants voletant d'une fleur carnivore à l'autre, quelques expressions organiques, quelques phrases maudites, quelques poèmes assassins, aujourd'hui je me souviens de ce discours fondateur prononcé par ma mère – ce langage de douleur:

 

 " Oh le fiston qui trimballe ses débris altruistes au firmament des calmes ! Regarde ta mère qui trime ! Par-là c'est l'automne des veines diurnes ! A peine relevée que j'ai déjà dû bêcher des sinistrés vacants aux allures de plaques gloutonnes ; oh l'fiston qui caramélise les plastrons de verves ! hou hou ! La nuit dernière, le fantôme de ton père me blessa il m'insulta, m'engraina dans mon pieu ; sales manies de grands sages, va ! T'en fais pas mon loulou, ta môman est là qui se pique au tragique en se radinant à l'aventure ! En unique tambouille à force d'uniformes déchirant l'âme du vice ; à toi le bonheur-brume ! Que c'est fort de voir ses progénitures s'activer branlant vers les plages blanches passant l'hiver, sucre et rhumes et lampes de chevet renversées à l'aube d'une défense sonore ! Que c'est bellisime de voir encore garés aux comptoirs les actuels gaillards sans muses défaites ! Ah, le fiston ! Des fois tu me fais rire à gorge déployée ; je t'ai regardé te détruire plissant les paupières un vrai singe de la fugue ; qu'elle est rose en prenant par les champs ! Qu'elle est toute belle ta route mon gars quand t'es ma joie ma peine des opprimés ! Quand tu rougeoies les stèles cramoisies du siècles qui s'élance ! Allez va, tu tiens le bon bout, à la tienne ! A la bonne humeur du pré des mangues croquées et lunatiques ! Aux saignements des chiennes chassées par l'antiques merle chauve ! Sors de là ! t'es qu'un loup périssable aux dents d'illettré ; débouche la tei-teille cosmique qu'on s'en remet une petite avant de suffoquer gratuitement au crépuscule des morales ! Ah, le fiston ! qui brouille les familles jolies étrons déposés sous sous la pluie, et crasse et envole-toi et métrite et fumée plastique ! Attends encore avant de te tirer sale gosse ; t'es brûlant bon dieu ! on dirait une chaudière un océan de lave peut-être pas le soleil là tu peux toujours rêver ! c'est pas défendu à ce qu'il paraît ! Le serrurier m'a désenchantée hier au soir, il m'a balancé de l'acide dans les yeux ; et j'y vois plus grand-chose, ma cornée râle encore, un vrai tambour percés celle-là, quand elles s'enivre au bord de la rivière ! Ah, au fait, j'ai rossé l'arbre-moignon, tu sais bien celui qui te faisait peur, celui qu'était trop bruyant ! il est à l'hosto cet obsédé du cul ! c'est normal pour un marin mais faut pas exagérer ! Les hommes si tu les martyrisent pas ils te foutent enceinte et qui c'est qui trime c'est la daronne comme d'hab ! Toi tu t'en bats t'as une queue entre les jambes ! Mais gaffe quand même aux femelles dés?uvrées ! me ramène pas un lardon à la baraque ! Ha ! Je m'étais promise de pas te donner de conseils, mais le désespoir me fait perdre les cheveux ! Alors, ne me crois pas ! avance et tant pis ! Maintenant laisse-moi dormir le fiston, je dois me lever tôt demain ; j'ai un sentiment à construire près de la jetée, tu sais bien qu'il n'y a que la mer qui me fascine ! "


 

Par Yann Bourven - Publié dans : Nouveaux textes
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Mardi 13 octobre 2009 2 13 10 2009 16:14
Par Yann Bourven - Publié dans : "LE DÉRÈGLEMENT"
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Jeudi 17 septembre 2009 4 17 09 2009 15:56

            
(pour lecteurs avertis)

               
Ma vie d'avant, ma vie d'errance bourgeoise, j'ai touché des parois de diable, je peux le dire aujourd'hui : je me maudissais, avant mon corps se pavanait sur des chemins confortables, j'avais commis beaucoup trop d'erreurs au sein de cette vie factice, mon âme était une vraie salope, on lui suçait les seins, et elle en redemandait, malgré la nuit artificielle on me faisait confiance, en ville on se battait pour me voir dans les théâtres où je jouais, les journées avec mes amis de bonne famille on se disait des vérités des banalités en pleurant sur nos sorts, l'abus de nombrils pulsant nos faux-semblants larmoyants, nos états d'âmes de riches, rafales inutiles, même les hommes-féminins qui me limaient tendrement me paraissaient trop bateaux trop faibles faux artistes, allez tire-toi finis ton oeuvre pourrie gâtée, décharge ta merde en moi, je la récupérerai et te la balancerai au visage, festivals et tournées, j'imitais les marquises célèbres dans des dîners abjects, me tortillant hihihi devant les snobs penchés, quelle actrice fascinante, je t'adore dans le rôle de, tu tournes en ce moment ? crever devant vous, voilà la gloire éphémère qui vous fait vibrer, m'écrouler sur ce parquet ciré, champagne ! quartiers chics, capitale de la mode, et soirées privées, pratique dans un taxi je baisse ma jupe, je me touche en rayant la vitre, taches de sperme sur les rideaux parentaux, ma mémoire me jouait des tours, les souvenirs d'une enfance convulsive me rendaient folle, je rêvais de mon père en colère, et je me réveillais et je vivais suspendue au-dessus des matins épars, sous le soleil rayons froids, j'attendais mes hommes mes cinéastes, et mes auditions me pressaient, la semaine je montais sur les planches, je décuplais mes forces, fignolais mes gestes faux, creusais les textes avant-gardistes, pleurant, minaudant, hoquetant, bavant des onomatopées dans des grottes sombres et subventionnées, moi et ma troupe intrépide fustigions les pièces de théâtre trop écrites, les ploucs et les arts populaires, plus pointu que nous tu meurs, cérébraux péteux, la hype company se répandait, se faisait mousser par le Tout-Paris, underground moisi de riches héritiers, nous déclamions des spectres figés, des aphorismes javellisés, à la fois bruyants et discrets, juste ce qu'il faut d'inaccessible, attirer l'attention, oh oui nous étions cultes, je passais ces semaines à me trémousser, je tournais quelques films qui me rapportaient beaucoup de fric, que je claquais sans pitié dans les boîtes de nuit et dans l'héroïne tendance que nous commencions à consommer avec mes amis-costumes, de vrais petits New-yorkais sans talent, privés de ville verticale, au mieux une cité-musée bancale, les week-ends je baisais comme une chienne, sur les plages normandes j'avais parfois honte de mon sexe rougi et cru, lèvres écorchées, nuisettes lacérées, ces queues multicolores me dévoraient l'estomac, je réagissais, je grognais le cul immergé dans une cuve de gnôle, puis je tapais des crises sur les trottoirs noirâtres, je tisais, en lambeaux, m'éloignais de moi, saccageais les proses des auteurs dépressifs, à l'air, me torchais avec les restes de pages qui dorment dans des théâtres sous vide, je me faisais vomir sur les plateaux de ciné, bile et journées remplies, devant des techniciens ignares et médusés, je déconnais un peu trop, alors j'ai voulu me reprendre en main, j'ai fait un peu de mise en scène, j'ai monté une pièce adaptée du merveilleux texte de Guillaume Apollinaire : Les onze mille verges, mais après la première les critiques m'ont laminée, les comédiens, mes pseudo amis qui jouaient sous ma direction, se sont enfuis en hurlant : tu es trop brouillonne ! alors j'ai abandonné, terminé ! terminé la théâtre le cinéma ! j'ai erré dans les rues, larmes et corsages, en plein hiver sous la neige j'ai tenté de me suicider je me suis jetée dans la canal Saint-Martin, ça a foiré, on m'a repêchée, alors je me suis enfermée dans mon appartement pendant des jours et des jours, buvant, m'injectant des doses d'héro de plus en plus fortes... et puis un jour ma mère m'a appelée, m'a annoncé que mon père était en train de mourir : alors je suis partie les rejoindre, je n'avais pas vu mes parents depuis des années, étudiante au Conservatoire d'art dramatique à l'époque j'avais claqué la tune du vieux comme pas deux, puis je m'étais débrouillée, ils ne supportaient pas que je fasse l'actrice... malgré tout je me suis pointée chez eux là-bas en campagne, dans ce manoir aux volets clos, grande bourgeoisie de province, sur le perron ma mère s'est littéralement jetée sur moi pour m'embrasser, dans la chambre en haut mon père était allongé sur le grand lit de riches douleurs, plongé dans le coma rongé par cette maladie incurable, toute la famille avait fait le déplacement, mes tantes mes oncles mes cousins, testament tant convoité, ils m'ont saluée, au dîner les silences fusaient, domestiques crispés, nos yeux perdus dans le poulet mariné, après le dessert j'ai dit à ma mère que je voulais rester quelques jours ici, je lui ai parlé de ma galère sur Paris, pas d'argent, elle a fait la gueule, yeux de broussailles, elle a accepté, le soir nous nous sommes retrouvées toutes les deux assises sur le grand canapé, elle lisait, je rêvassais en buvant du thé, elle s'est endormie sur mon épaule, je lui ai caressé les cheveux, tout le monde dormait dans la maison, alors je me suis rendue au premier, dans la chambre de mon père de guerre, j'ai allumé la lumière, j'ai essayé de lui parler, il ne bougeait pas, j'ai approché ma chaise, j'ai sorti le livre d'Apollinaire et j'ai lu quelques pages : au bout de quelques minutes il a ouvert les yeux, il m'a regardée, on aurait dit qu'il me souriait, qu'il appréciait ma lecture, un nid de guêpes me brûlait le ventre, alors j'ai continué à lire ces scènes crues et osées, et mon père pourrissant s'est mis à bander, j'ai soulevé le drap, la queue gigantesque frôlait mes cheveux, je l'ai caressée, il a écarquillé les yeux, il ne pouvait me parler, alors je l'ai avalée, je l'ai pompée, doucement, puis de plus en plus vite, il grognait, et souriait encore, lui qui faisait tout le temps la gueule, lui qui m'avait fait tellement de mal par le passé, lui qui m'avait humiliée frappée lorsque je n'étais encore qu'une petite fille, cet homme que j'avais détesté, cet homme toujours en colère, s'était, cette nuit-là, enfin apaisé, au fond de ses yeux jaunes j'ai vu flotter un drapeau blanc, cette nuit-là je crois qu'il était fier de moi, qu'il m'encourageait dans mes choix de vie, nous avions fait la paix, enfin... mais la porte a claqué ! ma mère est entrée pendant que j'avalais les toutes dernières gouttes de foutre, je me suis relevée en riant, j'ai craché par-terre, elle est devenue folle, elle s'est penchée sur mon père, elle a palpé son pouls : il était mort ! elle a voulu me frapper, elle hurlait : tu l'as tué sale traînée ! j'ai dévalé les escaliers et je suis sortie de cette maison maudite, mes oncles et mes cousins, réveillés par les cris, se sont précipités à leur tour hors du manoir, ils m'ont poursuivie un temps dans la nuit, j'ai semé ces imbéciles, et je me suis enfuie en courant j'ai traversé la forêt en remontant le temps, heureuse comme jamais car j'avais soufflé mon père comme une plume, ivre je suis partie empoisonner la vie, je ne faisais qu'une avec votre monde, partout et nulle part crevant les ventres angoissés je dévalais la vie avalais les jours, et le fameux testament a fait scandale : mon père m'avait légué toute sa fortune... alors je me suis jetée dans ma vie d'après !




Par Yann Bourven - Publié dans : "LE DÉRÈGLEMENT"
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Dimanche 30 août 2009 7 30 08 2009 16:26

Une critique de Yvon Bouëtté sur le site Eireann

Une critique de Marielle Lefebure sur le site Critiques Libres

Une note de Nicolas Mourer

Des extraits dans La Revue des Ressources 

Des extraits (et en vente) sur Lekti-ecriture

Une "chronique" sur Livres de Malice
Par Yann Bourven - Publié dans : "LE DÉRÈGLEMENT"
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Jeudi 13 août 2009 4 13 08 2009 15:03

       
      Je suis l'Ombre absolue

       L'Ombre aux mille visages : votre ultimatum cru

       Le Bourven me nomme le Poème

       Je suis la lueur d'espoir au fond de vos gorges ensanglantées et ma croix glacée en obus gentil défonce les murs décrépits qui strient des années d'immobilisme

       Je suis l'absence qui se sucre sur votre dos le fantôme pourrissant je suis votre renoncement alors courbez-vous proprement triste effort pour vous imposer travail paraître se battre pour réussir dans la vie plaire à vos parents qui ne vont pas tarder à claquer le confort le rien-penser le chacun pour sa gueule congés payés abonnements crédits et voter et crier seul entreprendre ne rien comprendre dénuement anesthésie générale quel beau dimanche les arbres dansent face à la mer hurlante : effroi rêves défaits mines blafardes gris sentiers plus d'espoir nausées persistantes l'enfance s'est envolée : il serait temps de vous pendre à ces branches émancipatrices

       Je suis l'antenne du doute réceptrice de vos ondes radioélectriques de ces flèches de chair tirées depuis les quartiers populaires où l'on se noie encore maquillé dans un enchaînement de couleurs primaires familles bloquées trahies petits et grands frères poussés à se taire face à cette société qui rejette ses ouvriers et ses fils d'immigrés : je me terre dans vos foyers au sein de vos bandes de potes la rage la haine qui monte j'attends que tout explose j'épouse vos ventres de créativité qui ne vont pas tarder à s'ouvrir

       Je suis une pluie sincère qui tombe la pauvre prière délavée d'une femme adressée à elle- même le bilan d'une mère qui reste à genoux devant son lit d'angoisse sur lequel repose le cadavre de ces journées de travail éprouvantes et inutiles : les larmes acides roulent dans la chambre et brouillent les pistes elle se relève et se met à jouir à voix haute sans se toucher alors la corne de ses paumes produit un vrai début de lutte : future brutalité animale d'une beauté qui renaîtra de ses cendres

       Je suis l'autre le voisin sans âge qui ne vit plus qui s'ennuie en s'abîmant la voix qui se mure dans un silence de résigné seul crachant une poussière somnifère sur l'écran de son ordinateur au moyen duquel il se croit relié au reste du monde solitude plus solitude plus solitude : comment survivre parmi nos ordures high-tech je suis sa solitude pesante ce mal-être toxique qui se mêle à l'air de son studio qu'il inhale en sanglotant lorsqu'il se fait à bouffer devant la télé allumée

       Je suis le métal froid des luttes de classes avortées le sentiment d'abandon la tornade rancunière qui ravagera ces beaux quartiers habités par d'ex-jeunes "situationnistes" qui ont viré de bord qui se sont métamorphosés aujourd'hui en notables centristes ésotériques réactionnaires pelés catholiques mangeurs de bulletins de vote-opium entrepreneurs de pompes funèbres politiques contrôleurs penseurs cyniques rhétoriciens et professeurs pisseux de bonne conduite qui n'ont jamais fréquenté un ouvrier vulgaires tartuffes faux marxistes vrais suceurs d'évangélistes créateurs corrompus d'axes de biens, les donneurs de leçons de morale nagent le dos crawlé dans un bassin de surconfort, ça grouille ça frime ça pleure ça s'extasie ça consomme de la culture dans ces familles dans ces quartiers dans ces villages friqués sans âme ou l'on rêve de sécurité de faire carrière de vendre de l'art de l'histoire de l'humanitaire du café du vent ou de la purée

       Je suis cet enfant hyperactif en colère qui se ruine la santé en déchirant ses habits de tristesse qui brise les vitres et pénètre dans les dortoirs militaires l'enfant qui dès que ses veines diurnes palpitent se rue dans la forêt dramaturge afin de récupérer son placenta inoxydable qu'il aimerait tellement balancer à la face mauve-rugueuse des adultes en colère ceux qui se méprisent sur ce trottoir blanc qui se crachent des clopes et des becs de gaz à la gueule

       Ton ombre, mon ami, je suis ton Ombre aux mille visages !

       Et le regard de ce cimetière que tu ne veux plus croiser tous les jours à la même heure quand tu essaies de terminer ta nuit dans ce train de banlieue fétide

       Moi je suis l'atome qui se cogne le détail qui flingue tes certitudes je suis le chemin de fer qui parcourt la partie insoumise de ton cerveau et qui mène au sommet juteux sur lequel on s'appuie en laissant des traces salées d'underground suspect ah les regrets ah laisse-toi faire abandonne tout reviens à ce que tu aimais vraiment

       Je suis ta came le bourrin que tu t'injectes au soleil couchant sur cette dalle de béton ton crack d'arc-en-ciel en goutte d'or je suis ta langue qui après la fête lèche goulûment le reste de mdma éparpillé sur la petite table-rambla je suis ta main violette qui cherche à tâtons l'interrupteur qui allumera la lumière blanchâtre de ton devenir

       Je suis les quatre saisons réunies le monstre froid d'une matinée pluvieuse le Cerbère planqué derrière les rochers mille fois escaladés par des randonneurs aux fémurs pulvérisés la tarentule qui grimpe le long de tes jambes de feuilles mortes le vampire sadique qui revient tous les mois de mai te sucer la cervelle

       Je suis le révolté criblé de balles de dettes et de mauvaises pensées qui se glisse entre les mailles d'un filet-patrie oppresseur : la bombe puissante que tu places dans ton ventre et qui explose enfin en plein c?ur de cette tour des affaires

       Le Poème, je te dis ! l'Ombre inconnue qui fait le tour de ton corps !

       Je suis l'entonnoir de Dante dans lequel tu te vautres en crânant : la plongée est joyeuse les parois te caressent les fesses le paysage dégouline et tes yeux de touriste en redemandent puis au bout de quelques kilomètres ça se gâte : arrivé au neuvième cercle tu dois faire un choix : si tu es libre absolument libre comme tu le prétends alors tu produiras ta propre poésie-vérité bien évidemment, mais si tu es un véritable Résigné tu ne pourras plus faire demi-tour face au mur face au miroir ne pouvant le briser correctement tu finiras par te suicider évidemment

       Je suis yo soy I am JJJJJEEE SSSSSUUUUIIIIIIIS :

       L'homme qui gueule plus fort que la ville ! le lac gelé qui renferme tes rêves de liberté ! le crash de cette voiture ! ce rire satanique ! cette immonde blatte ! le calcul ! le recul ! le tracé ! ce théâtre ! le Mal ! le désert ! ton chaos ! je suis ton truquage ! ton mirage ! ton horloge arrêtée ! ton ours brun ! ton bateau ! ton radeau ! je suis ton domaine ! surtout pas ton poème ! ta masure ! ton usure ! ton exercice ! ton charme ! ton caveau ! ton exhumation ! ton martyr ! ton écharde ! ton exode ! ton invention ! ton aventure ! ta force ! ne me tue pas, le Bourven, ne me noie pas dans cette baignoire ! écoute-moi ! ne me fais pas de mal ! tu le regretteras ! il est interdit d'exterminer les Ombres !

       Je suis un orage terrible écoute un orage qui te broie le crâne qui te foudroie sur place

       Je suis une saloperie de mythe ton compte est bon mon salopard je te brise la colonne vertébrale j'entends que dalle coincé là dans ce rade fardé je crisse mes ongles sur le zinc en lynchant des mots lugubres

       Je suis une sorcière ne bouge pas ah je te tiens une roturière prostituée du cosmos paumée drôlesse une espèce de sage-femme en manque

       Je suis Louise Michel la lionne je suis une ville renversée une commune un tombeau maintes fois profané, justice pour mon coeur-cratère ! justice pour mon coeur de lierre ! justice ! verve du Poème !

       Je suis une usine, une fabrique de silences et de guêpes rimbaldiennes, qui filent des boutons en forme de fines diatribes contre le mensonge mais moi je ne suis pas dupe : l'humanité se prépare à déménager

       Je suis le fantôme embourbé dans le réel-nausée mais la Terre est prête à m'accueillir, malgré son emploi du temps surchargé

       Je suis un monde agonisant dans une baignoire

       Un monde en pleine crise cardiaque

       Tu me noies comme un chaton, mais laisse-moi terminer ce que j'ai à dire je t'en prie :

       Je t'aime le Bourven oui je sais tu ne me crois plus

       Le Poème décline comme votre société tapageuse

       Faites place aux Ombres plus modernes que vous Terriens miséreux

       Je suis surhumain : je ressemble à un livre fangeux dans lequel

       On peut lire des ordonnances sismiques et une rengaine qui fait je suis je suis

       La partie immergée de mon désespoir équivaut

       À un milliard de vos tragédies humaines intemporelles et infinies

       Tu ne peux même pas imaginer de quoi j'aurais été capable

       Si tu m'avais laissé la vie sauve

       Mais tu ne veux pas le savoir car tu es comme les hommes que tu fustiges

       Tu assassines tu écartes tu enfermes les génies les douleurs les miroirs accusateurs

       Suicidaire ! suicidaire ! reste seul, reste sourd !

       Ha ! maintenant je vais nettement mieux

       Mon enveloppe charnelle s'évapore

       Mais yeux éclatent comme deux bulles de savon

       Ma langue chargée s'infecte

       Mes mauvaises pensées enflent

       Mais je ne te hais point le Bourven

       Car tu m'as donné un nom

       Que j'ai saigné jusqu'à plus soif

       Un nom merveilleux qui m'a permis de m'évader

       Un nom qui a multiplié mon corps insondable

       J'étais cette Ombre absolue

       J'étais le Poème

       L'Ombre aux milles visages : votre ultimatum cru

 

Par Yann Bourven - Publié dans : "LE DÉRÈGLEMENT"
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Mercredi 29 juillet 2009 3 29 07 2009 15:03

         Je marche sur la bande d'arrêt d'urgence d'une autoroute. J'ai faim, alors je fais une pause sur une aire de repos. Je viens de commander un steak de cheval dans ce restaurant uniquement fréquenté par des accidentés de la route. Un homme aux bras arrachés s'installe à ma table. Son assiette est servie. Il me demande poliment de lui tenir la fourchette afin qu'il puisse avaler ces succulents morceaux de viande. J'accepte et nous discutons tranquillement. J'apprends qu'il vient d'être victime d'un terrible carambolage alors qu'il se rendait dans une petite ville située au centre d'une immense forêt, afin d'interviewer une célèbre actrice de théâtre qui vient tout juste de ressusciter.

        - C'est l'évènement de l'année ! Le vrai scoop ! Je ne pouvais pas manquer cet entretien... Cette femme... cette femme est une immense artiste ! Elle est de retour sur terre, et moi je trouve le moyen de me casser la gueule en voiture... Ma carrière est foutue...

        - Filez-moi votre carte de presse. Je ferai cette interview, si vous me le permettez. Je me ferai passer pour vous !

        - Vous feriez ça ? C'est très gentil. Après cela, je pourrai enfin raccrocher et faire autre chose de ma vie... Car je n'ai pas toujours pratiqué le journalisme, cette merde...  

        - Vous partiriez à l'aventure ?

        - Exactement. J'irai vivre parmi les gens, j'ai besoin de retrouver la réalité.

        - Jurez-le.

        - Je le jure.

        - Très bien. Je vais vous aider. Ensuite, je partirai à la rencontre de cette actrice. Suivez-moi.

        Nous nous postons au milieu d'un pont enjambant l'autoroute. Le Journaliste est inquiet. Je m'approche de lui en fixant ses moignons purulents, je vais vous offrir une nouvelle paire de bras. Il explose de joie ! Je me concentre pendant une minute, les os se reforment, puis les nerfs, les tissus, les muscles, la peau, le Journaliste hurle de douleur, avant de s'évanouir. Quelques secondes plus tard, il se palpe, il se pince, il se signe, exultant, mais au fond de lui il sait bien qu'il y a une contrepartie.

        - Je ne vous ai pas fait venir sur ce pont par hasard.

        - Je m'en doute.

        - Il va falloir sauter. Mais pas n'importe comment. Il faudra vous écraser sur une voiture.

        - Je mourrai !

        - En tant qu'Ombre, je vous promets que vous survivrez... La voiture que vous choisirez vous mènera vers votre vie d'après. L'aventure dont vous rêviez. Préparez-vous à sauter.

        Il se penche timidement au-dessus du vide, la circulation est dense, il n'a que l'embarras du choix, mais il hésite, me regarde, il y retourne, puis recule, je sais qu'il a confiance en moi, alors je m'approche, lui touche le dos, et le pousse un peu car j'ai vraiment hâte de rencontrer cette fameuse actrice. Le Journaliste aux bras flambant neufs bascule.

      Il traverse le pare-brise d'une petite voiture et, le visage ensanglanté, se retrouve assis à côté d'une conductrice rousse magnifique, celle-ci décide de le ramener chez elle pour le soigner. Quelques mois plus tard, ils s'installeront tous les deux dans les Pyrénées, le Journaliste deviendra guide de haute-montagne, et la jolie rousse gérera un refuge.

           Ils n'auront pas d'enfants. 

Par Yann Bourven - Publié dans : Nouveaux textes
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires
Mardi 28 juillet 2009 2 28 07 2009 15:28

(pour lecteurs avertis)

      

    Tout au fond d'une banlieue rougeâtre, je m'engouffre dans une ruelle sinistre jouxtant une usine chimique, et l'inhalation d'une vapeur hautement toxique provoque en moi la formation d'un rêve organique qui, aussitôt, me transforme en chien errant et assoiffé :

        Je lape nerveusement une flaque de pétrole ensorcelé que j'ai trouvée dans cette pauvre ruelle déserte, mais au bout de trois minutes j'ai déjà avalé toute cette potion infâme, je me met donc à chercher d'autres flaques, à flairer chaque parcelle de la chaussée  car j'ai encore soif... Je ressens les premiers effets du manque, pétrole ensorcelé, où te caches-tu ? Je sue à grosses gouttes, mes pattes tremblent, je bave et je  grogne beaucoup plus qu'un chien normal. Soudain j'entends du bruit, je relève le museau : devant moi on vient juste de terminer le montage d'une scène de théâtre, des humains se maquillent et se costument dans les coulisses, je m'installe au premier rang, derrière moi des dizaines de personnes s'assoient, et le rideau se lève.


        Un homme est assis sur son canapé, il lit le journal devant la télévision allumée. Un adolescent loqueteux et ensanglanté fait son  apparition (applaudissements du public) il se poste devant l'homme, et reste debout.

        Le Père : Où étais-tu ? avec ta mère on s'est fait un sang d'encre, tu es parti depuis des jours, tu as une bonne excuse j'espère ?

        Le Fils : J'ai pris ma professeur de dessin en otage, parce que je l'aime. Nous nous sommes cachés dans la forêt, près d'une voie ferrée, je l'ai attachée et je l'ai violée jusqu'au petit matin.

        Le Père : Je ne t'ai pas vu grandir, comme le temps passe vite. Tu es un homme, à présent. Je suis fier de toi, mon fils.

         Le Fils : Lorsque les flics sont arrivés, j'ai fui comme une vipère et j'ai fait tomber ma mâchoire, ils ne m'ont pas arrêté mais je suis sûr qu'ils l'ont ramassée... c'est une preuve accablante, ils l'analyseront et me mettront la main dessus.

         Le Père : C'est fou, approche-toi pour voir... J'étais pareil à ton âge, comme tu es costaud, intrépide, drôle et charmeur... tout comme moi ! J'ai connu d'autres femmes avant ta mère, j'ai même eu le béguin pour ma prof de maths... tout comme toi !

          (rires du public)

        Le Fils : Mais papa ! Je l'aime vraiment ! Je veux l'épouser ! L'épouser ! Mais j'ai tellement peur de la prison, j'ai tellement peur, papa.

         Le Père : Embrasse-moi... et ne t'inquiète pas, je t'aiderai. Mais en échange, je veux que tu me présentes ta fiancée ! Petit cachotier !

         (rires)

         Le Fils : Ma fiancée est morte, je l'ai baisée, je l'ai écorchée, je l'ai cuite et je l'ai mangée... alors je ne sais pas si elle te plaira dans cet état, papa...

          Le Père : Oh moi tu sais, du moment que tu nous ramènes pas une négresse, une bougnoule, une youpin, ou encore pire : un homme !

          (rires)

          Le Fils : Papa, t'as entendu ? On a frappé ! C'est la police !

          Le Père : Ne panique pas, surtout. Je vais ouvrir... Tiens, planque-toi dans l'armoire.

          Le Policier : Bonjour monsieur. Nous venons chercher votre fils. Il est soupçonné d'enlèvement et de meurtre.

          Le Père : Je n'ai jamais eu de fils, vous faites erreur monsieur l'agent.

          Le Policier (cherchant un peu partout) : C'est ce qu'on va voir ! Petit ! Petit !

          Le Père (il ouvre l'armoire, l'adolescent n'est plus à l'intérieur) : Vous voyez bien qu'il n'y a personne ici !

          Le Policier : C'est bizarre. J'aurais crû...

         (La mère fait son entrée, elle est complètement nue, en voyant le flic elle se met à hurler)

         (applaudissements)

         La Mère : Hiiiii ! Que se passe-t-il, chéri ?

         Le Père : Rien, mon amour. Cet agent des forces de l'ordre s'est trompé de maison.

        Le Policier : Madame, je dois vous poser une question qui me taraude : avez-vous un fils, oui ou non ?

        La Mère (en pleurs) : Mais non, voyons... nous n'avons jamais pu avoir d'enfants... parce que je n'ai jamais eu d'utérus !

        (rires)

        (rideau)

        (applaudissements)


      Je retrouve mon corps d'Ombre – costume vaguement humanoïde – , et je quitte cette banlieue rougeâtre en aboyant des insanités en direction d'un autocar transportant des ouvriers contaminés par la Fièvre.

 

Par Yann Bourven - Publié dans : Nouveaux textes
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires
Jeudi 28 mai 2009 4 28 05 2009 12:17

1 - Un genre de serpent littéraire


      Je suis un héros de roman, un vampire, un voleur, un écrivain, un gosse, un comédien, un genre de serpent littéraire !

      Mais l’automne derrière est un fruit, mon cœur de lierre s’enroule autour d’une tête de déesse, mon singe-réveil n’a pas sonné ce matin, sous les rochers je cherche le calme, furie du corps et tu danses encore, le ciel est chargé de doutes et le pays est inquiet, amnésiques bien placés frasques soleil gelé autant se serrer les coudes massés dans cette bouillasse économique, les puissants arrogants finiront dans un lac de sang, tu l’entends c’est l’écho de toutes les révolutions qui ont échoué, bêtes sauvages assoiffées qui s’écroulent aux portes du cimetière idéologique, rassemblons nos rêves car la vie ne s’esclaffe plus, glissons nos âmes entre les barreaux des villes zoologiques, feignons de pouvoir tout endurer, nous aboierons devant les portes blindées des exploiteurs en contournant leurs champs de plumes qu'ils plantent comme des tubes à essai dans la fontanelle des enfants suspects.

      Alors tu te couches et les draps du passé prennent feu comme des exils, toutes les louves accouchent en même temps et les poissons volants se gaussent en s’écrasant sur des pontons truqués, époque différente anarchie mal léchée, derrière ces murs dorés les patrons tripotent des femmes qui ont des culs aussi gros que des appartements, le ciel est un couvercle soit ! mais mon drapeau reste noir, ils ne viendront plus pleurer quand ils assisteront au décollage impeccable des oiseaux migrateurs.

      Prendre ce chemin chaud le trouver alternatif crever ou résister résister, j’écrase la petite tête d’un poussin et le sang gicle de ses yeux, je tue une baleine et balance ses intestins sur la place de la république car de ce zoo politique je n’ai rien retenu – plus tard, je me baigne dans le marécage des anathèmes, les crocodiles ont mauvaise haleine, quelques cadavres, des artistes libertaires remontent à la surface, en homme terminé je m’accroche aux ailes des femmes-oiseaux.

      Refus, créer, rivières ou gouttières, sacrilèges et passeport détruit par des années d’immobilisme, je berce les mondes oniriques mais garde-toi de me fustiger, sinistre con je briserai tes fantômes, je bande dur c’est la nature puisque cette société me pend, et l’hiver est une saison dépassée, les créateurs seront encore pourchassés – tu es trop libre artiste libre libre, on ne veut plus te voir et puis tu fais peur bon dieu avec ton air joyeux et sombre en même temps merde alors tu dérailles qu'est-ce que tu complotes tu t’amuses ou tu travailles ? ils ne te comprennent plus sortis de ces écoles-usines, ressemblent à des animaux qui font de l’argent sur le dos de nos transes, je ne suis pas à vendre, j’ai craché sur vos créations dégonflées, se mouvoir entre les institutions, savent pas lire ou écrire savent plus prendre de risques ces salauds – la réalité n'existe que dans mon ventre – ces spectateurs résignés assistent à une pièce créée par d'autres spectateurs résignés, à la fin du spectacle ils s'entre-dévoreront ils s'entre-surconsommeront, rideau, fin de civilisation.

      Il n'y a que la création l’art et c’est marre pas d’juste milieu fais ton choix magne ! écrire et peindre des songes crus, se perdre au début puis voyager comme un nomade adultère, te caresser les fesses doucement t’embrasser le dos les mains et les cuisses puis remonter et lécher ton ventre d’harmonie, lire un rêve un sourire quand les mondes s’enlacent comme par magie, parler de l’espace-temps qui me sépare de toi, crâner dans les vagues se faire aspirer par le rouleau perdre la tête danser en étant sourd, ne plus s'en sortir se dire que l'on va y rester et puis moment d'accalmie ne pas nager vers la plage attendre la prochaine et y retourner encore boire la tasse quasiment se noyer puis un beau jour remonter à la surface chercher ses maîtres à penser ne pas les trouver en conclure qu'ils sont tous morts marcher sur la terre ferme qui pourrait me dégueuler ses cadavres au visage revenir en ville se faire coincer dans les ascenseurs sociaux ! syncopes dans ces immeubles secs je ne trouve pas la sortie appel au secours flammes cris sauter s'envoler pourquoi pas, dormir dans un marais hanté brûler les symboles, adorer tes volcans qui somnolent, s'enfoncer un livre dans le crâne seul dans un train, mais je ne peux pas m'engager tu sais alors laisse-toi faire laisse-toi caresser, laisse-moi te raconter l'histoire du mâle mourant le sel des mots je coule encore, laisser passer les femmes immortelles, transes encore ces foutues transes et la sève explose sous la lune rousse, sur tes paumes je vois des routes, parce que je me pose des questions à propos de l'art et le fait de survivre en se voilant la face : mon corps esquinté se dresse, demain je te retrouverai ma tendre égarée pour le moment j’écris sans pour autant vivre en paix.

       Mes Ombres sont encore enfermées dans ce jardin-tiroir,
       elles ne tarderont pas à s'évader je le sais,
       mais aujourd'hui elles se contentent de me raconter leurs histoires.

      Je suis un héros de roman, un vampire, un voleur, un écrivain, un gosse, un comédien, un genre de serpent littéraire !...

Par Yann Bourven - Publié dans : "LE DÉRÈGLEMENT"
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires

Dernier livre paru (été 2009)



Un lent et raisonné dérèglement des sens", préconisait Rimbaud, engagé dans une expérience poétique dont le lecteur trouvera ici des résonances.

Mais Le Dérèglement dont nous parle la voix vibrante de Yann Bourven, dans ce texte qui bouscule les limites du roman, est aussi celui du monde dans lequel nous vivons, les "suprêmes barbaries" pressenties par le visionnaire des Illuminations. Ce monde délibérément insensible et cruellement formaté, crispé sur son unique règle, celle de la pensée unique face à laquelle l’écriture poétique – déréglée, forcément – constitue l’un des derniers bastions de résistance. "Je suis le révolté criblé de balles de dettes et de mauvaises pensées qui se glisse entre les mailles d’un filet-patrie oppresseur".

Les personnages se succèdent, se mettent à nu et semblent poursuivis jusqu’au bord de la folie. Tourmenté et lucide, l’auteur ne s’épargne pas et convoque ses propres ombres pour les affronter. C’est par ce biais que nous sommes invités à ouvrir les yeux sur notre réalité.

ISBN : 978-2-35122-056-6    (4ème de couv')





Présentation

  • : Yann Bourven
  • yannbourven
  • : Écrivain français né le 17 octobre 1978 à Rennes. Il a déjà publié Face à la Mer (2002), Mon Héroïne (2003), La Course Eperdue du Gosse Enflammé (2004) et Les Fantômes te détestent (2006). Romans parus aux éditions Diabase. Le Dérèglement (été 2009) a été publié chez Sulliver.
  • : littérature poésie livres le dérèglement bourven Littérature

Mail

Catégories

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés